Décarboner son Scope 2 : recommendations et évolution du GHG Protocol
Le Scope 2 est souvent considéré comme l'une des parties du bilan carbone les plus simples à décarboner. En pratique, il peut pourtant être difficile de naviguer parmi les nombreuses options disponibles et d'identifier la trajectoire la plus efficace et la plus crédible pour votre organisation.
Dans cet article, nous explorons les différentes manières d'aborder vos émissions de Scope 2 et de choisir la stratégie la mieux adaptée. La première étape devrait toujours être l'évaluation des mesures de sobriété énergétique partout où cela est possible. Cela dit, alors que nous tendons vers une électrification des usages (comme l'adoption de véhicules électriques ou de pompes à chaleur pour abandonner les énergies fossiles), la décarbonation de vos activités globales peut en réalité entraîner une hausse de vos besoins en électricité. Cela rend l'intensité carbone de votre mix électrique plus que jamais au cœur du sujet.
Cela étant dit, il existe trois moyens principaux pour décarboner votre mix électrique et traiter vos émissions de Scope 2 :
Souscrire à une offre de fourniture d'électricité verte.
Acheter des Garanties d'Origine (GO)
Signer des contrats d'achat direct d'énergie (Power Purchase Agreements ou PPA).
Les contrats d'électricité verte
Les contrats d'électricité verte sont le moyen le plus courant d'accéder à une électricité renouvelable. Proposés par les fournisseurs d'énergie, ils prennent la forme d'un contrat standard, généralement adossé à des garanties d'origine, qui assure la livraison d'électricité verte directement à votre compteur. C'est une solution solide pour la plupart des utilisateurs, car elle offre un accès simple et facile à l'énergie renouvelable. Toutefois, selon les tendances du marché, le surcoût lié à ce type de contrat peut varier significativement. Tous les fournisseurs d'électricité verte ne se valent pas. Certains se contentent d'acheter des GO (voir ci-dessous), tandis que d'autres sont également producteurs et soutiennent activement la création de nouvelles capacités renouvelables. Pour une démarche de décarbonation plus crédible, privilégiez toujours ces acteurs, tels qu'Enercoop en France ou Ecotricity au Royaume-Uni. Dans certains cas, ces options ne sont pas disponibles : par exemple, si vous louez des bureaux sans pouvoir choisir votre contrat, ou si vous êtes un gros consommateur pour qui l'accès aux contrats de détail est complexe ou onéreux. D'autres options existent alors.
Les Garanties d'Origine (GO)
Les Garanties d'Origine sont un système de certificats qui existe sous différents noms selon les marchés électriques, mais dont le fonctionnement reste globalement identique. Un certificat est émis pour chaque MWh d'électricité renouvelable produit. Ces certificats peuvent ensuite être échangés et achetés pour prouver qu'un MWh de courant vert a été injecté pour chaque MWh consommé. Ils doivent ensuite être "annulés" (utilisés) pour être comptabilisés comme des émissions nulles dans le calcul du Scope 2.Bien que la plupart des entreprises ne soient pas autorisées à détenir ou trader directement des GO, elles peuvent y accéder via des courtiers comme STX ou Redshaw Advisors. Vous pouvez ainsi acheter et annuler des GO correspondant à votre consommation totale afin de compenser vos émissions de Scope 2. Bien que ce système soit efficace et relativement peu coûteux, il offre la preuve de décarbonation la plus "faible". Nous recommandons donc de n'y avoir recours que si aucune autre option n'est disponible.
Les PPA (Power Purchase Agreements)
Les Power Purchase Agreements (PPA) sont des instruments contractuels spécifiques par lesquels l'acheteur s'engage auprès d'un producteur d'électricité à acheter tout ou partie de la production annuelle d'une installation. Ces contrats peuvent prendre plusieurs formes et sont réservés aux gros consommateurs d'électricité pour qui il est pertinent de sécuriser un approvisionnement stable et bon marché. Cette solution doit être envisagée pour les entreprises et sites dont la consommation annuelle atteint au moins 10 GWh. Bien que ces contrats puissent être difficiles d'accès (ils nécessitent souvent de passer par une structure d'agrégation ou "sleeve"), ils constituent un excellent moyen d'accéder aux énergies renouvelables tout en soutenant directement l'augmentation des capacités de production. Comme les prix sont négociés hors marché, ils permettent également de se prémunir contre la volatilité des prix à moyen terme et peuvent parfois générer des économies par rapport aux contrats standards.
L'avenir du Scope 2 : Qu'est-ce qui change au GHG Protocol ?
L'automne dernier, le GHG Protocol a lancé une consultation pour recueillir des avis sur l'évolution des directives du Scope 2. Ces mises à jour affecteront à la fois le reporting basé sur le réseau (location-based) et le reporting contractuel (market-based). Carbometrix a participé à cette consultation pour prôner un équilibre entre ambition environnementale et réalité opérationnelle.
Reporting Location-Based : Une nouvelle hiérarchie des facteurs d'émission
Les directives proposées introduisent une nouvelle hiérarchie des facteurs d'émission, privilégiant les données les plus locales possibles.
La hiérarchie : Priorité est donnée aux facteurs d'émission locaux (réseaux régionaux ou étatiques) plutôt qu'aux facteurs nationaux. De plus, les entreprises devraient utiliser des facteurs prenant en compte les imports et exports d'électricité.
Corrélation temporelle : Le GHG Protocol introduit le concept de données de consommation mensuelles et horaires. Là où les données horaires manquent, l'utilisation de "profils de charge" (estimant la consommation type d'un secteur) est proposée.
Accessibilité : Ces recommandations s'appliquent tant que les données sont "facilement accessibles", c'est-à-dire en accès libre (open-source).
Notre recommandation : Nous soutenons l'augmentation de la granularité de la comptabilité carbone, à condition qu'elle mène à des résultats exploitables. Cependant, pour les PME et ETI, nous préconisons que les données haute résolution restent une recommandation et non une obligation, la collecte de données demeurant un obstacle majeur. Par ailleurs, pour de nombreux secteurs, décaler les horaires de travail pour correspondre aux heures "propres" est impossible ou offre des gains carbone négligeables.

Source: GHG Protocol
Reporting Market-Based : Vers une corrélation horaire
Le changement le plus significatif pour le reporting contractuel est l'exigence d'une "corrélation horaire" (hourly matching) pour les certificats.
Corrélation en temps réel : Les instruments contractuels (comme les GO) devraient être émis et rachetés pour la même heure que celle où l'électricité a été consommée. C'est un changement majeur par rapport à la méthode actuelle basée sur une correspondance annuelle.
Interconnexion géographique : Les instruments doivent provenir de régions physiquement interconnectées avec les activités de l'entreprise. Par exemple, une entreprise en Espagne ne pourrait plus utiliser de certificats islandais.
Facteurs résiduels obligatoires : L'usage de facteurs d'émission résiduels deviendrait obligatoire pour éviter le double comptage de l'énergie renouvelable.
Notre recommandation : Nous soutenons fermement ces mises à jour. Les recherches montrent que les certificats non corrélés ne favorisent pas efficacement le développement de nouvelles capacités renouvelables. La corrélation horaire, en revanche, encourage l'investissement dans des infrastructures de réseau résilientes, comme le stockage par batterie (BESS).
Pour rendre cette transition réaliste, nous proposons :
Un seuil initial élevé : ces règles devraient d'abord s'appliquer aux gros consommateurs (ex: plus de 50 GWh/an).
Une période de trois ans pour permettre aux entreprises de faire évoluer leurs stratégies d'approvisionnement vers ces nouveaux standards de corrélation horaire.